Marc-André SELOSSE
Professeur, Université Montpellier II CEFE-CNRS, UMR 5175, Equipe Interactions Biotiques
Cette conférence nous a permis de mieux comprendre ce qu’a été et ce qu’est la domestication. L’idée qu’on en a couramment est celle d’une espèce animale ou végétale dressée ou domestiquée par l’homme et dont celui-ci contrôle la reproduction. La réalité est toute différente… Elle concerne tous les êtres vivants depuis les bactéries et les champignons jusqu’aux végétaux et aux animaux. Elle a commencé à la préhistoire et se poursuit actuellement. Ce n’est pas l’homme qui a « modulé » des espèces en fonction de ses besoins mais c’est en réalité une coévolution de l’homme avec tous les êtres vivants concernés. Charles DARWIN s’était déjà posé la question et avait publié un ouvrage « De la variation des animaux et des plantes à l’état domestique » où il exposait ses réflexions suite à ses recherches. D’autres ce sont aussi intéressé à ce sujet comme de Candolle avec les plantes cultivées ou Vavilov qui lui s’est plutôt penché sur leur origine géographique en se basant sur des critères précis (présence d’espèces sauvages apparentées, variabilité maximale de l’espèce, traces archéologiques, traditions…). On s’est ainsi aperçu qu’il y avait eu une évolution convergente chez des populations humaines éloignées grâce à des espèces différentes (ex : riz en Chine, maïs au Mexique, blé dans le croissant fertile…).
En Amérique centrale, le maïs a été domestiqué à partir de la téosinte.Ces deux plantes ont un port très différent : la téosinte présente plusieurs axes avec de petits épis contenant des graines emballées dans des glumes dures et qui tombent à maturité. Le maïs possède un seul axe avec de gros épis contenant des graines sans glumes dures et qui restent fixées sur l’axe. Le travail de l’Homme a consisté en la sélection progressive d’individus de ce type. Des études génétiques ont montré que plusieurs gènes étaient responsables comme le gène tb1 qui modifie l’architecture du plant ou le gène pbf qui augmente le stockage de protéines dans la graine.
En Amérique latine, le MILPA correspond à la fois à un type d’agriculture et à un régime alimentaire. Dans celui-ci, les haricots et le maïs apportent tous les acides aminés nécessaires à l’alimentation d’où la non-utilité d’avoir un élevage pour la viande.
Au Paléolithique, l’Homme était chasseur cueilleur et avait de ce fait une nourriture très variée. Au Néolithique, il devient agriculteur et sédentaire ; pour l’individu c’est une catastrophe. En effet, la nourriture est plus abondante mais beaucoup moins diversifiée d’où plusieurs conséquences. Apparition d’intolérances, d’allergies, de carences (ex : fer), de maladies causées par la proximité du bétail (ex : rougeole, tuberculose, grippe, …). On remarque que la durée de vie et la taille diminuent. Les avantages sont cependant : moins de morts par famine, des excédents permettant à certains individus de faire « autre chose » d’où l’apparition de spécialistes comme les artisans (la technologie se développe ; ex : pierre polie). Il en résulte une évolution de l’homme pas tellement au niveau des gènes mais des allèles de leurs promoteurs (ex : gène de la lactase, de l’amylase salivaire…). Il y a une pression de sélection du milieu avec disparition de certains au profit d’autres individus. « On a une sorte de contre évolution avec génocide ».


