Comme nous l’avons vu, les grès d’Umm Isrhin présentent des couleurs très diverses. A l’échelle de l’affleurement, ces couleurs se répartissent parfois en bandes parallèles à la stratification ou aux cassures, mais le plus souvent elles s’étalent en arcs de cercles ondulants plus ou moins emboîtés ou en éventails qui se recoupent ou se superposent. Voir les photos sur le site www.apbg.montpeller.fr. La géométrie de ces bandes colorées est toujours d’une complexité étonnante et le résultat est surprenant de beauté : chaque falaise, chaque façade de monuments, chaque plafond, chaque mur, la moindre des excavations et le plus petit grattage naturel ou artificiel donne lieu à une déclinaison de formes et une débauche de couleurs dont le nuancier laisse rêveur. Les fresques peintes ici par la nature valent largement la plupart des œuvres abstraites de notre siècle.
Le géologue qualifie de telles structures multicolores « d’anneaux » ou bien encore de « bandes de Liesegang » (du nom du chimiste allemand qui le premier les a décrites). On les rencontre dans de nombreuses roches y compris non sédimentaires), mais c’est dans les grès qu’elles s’expriment le plus spectaculairement. Leur géométrie est toujours celle de bandes ondulantes de couleur variable, plus ou moins parallèles, s’organisant parfois en anneaux emboîtés. Elles ont pour origine la précipitation rythmique d’oxydes et d’hydroxydes de fer et de manganèse à partir d’une eau chimiquement saturée en ces mêmes métaux et circulant par percolation au sein de la roche elle-même, ou dans son substratum (ici socle panafricain). Dans un premier temps, l’eau qui y circule dissout et entraîne ces métaux ; dans un second temps, et sous l’effet de la migration de cette eau par capillarité à travers les pores de la roche, les métaux vont se séparer et ils précipiteront individuellement sous forme de composés insolubles à des distances différentes. On peut comparer en toute rigueur ces figures de Liesegang aux bandes que l’on obtient, en chimie, lors des expériences de chromatographie. Dans les roches, les composés qui précipitent sont absorbés à la surface des constituants de la roche – ici les grains de sable et le ciment qui les relient – en les colorant. Les solutions de continuité du milieu – les plans de stratification, les failles avec leur cortège de fractures, de diaclases… - ainsi que ses hétérogénéités naturelles (changement de porosité par modification locale de la taille des grains et/ou de la nature de leur ciment, développement de petits lits argileux imperméables, distribution hétérogène de la matière organique…) sont autant d’éléments modificateurs de la circulation d’eau et des conditions de la précipitation des métaux et de leur adsorption. On comprend mieux la complexité des dessins que l’on obtient, d’autant que l’eau a de toute évidence circulé dans ces grès à maintes reprises depuis leur dépôt, il y a 500 Ma, chaque nouvelle arrivée d’eau ayant comme conséquence la surimposition de ces propres figures de Liesegang à celles abandonnées par les précédentes.


